Youtube refait la télé

Véritable membre du foyer dans les années 70, la télévision a longtemps été un média extrêmement populaire. Elle a instauré une relation presque sacrée entre les auditeurs et le flux d’informations vidéo perpétuel qui leur est déversé. En 2004, le PDG de TF1 Patrick Le Lay créait la polémique et affirmait que, sans avoir une réelle vocation d’information, la télévision avait pour but de “détendre pour préparer [le spectateur] entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.” Un an plus tard, la première vidéo amateur était publiée sur la plateforme YouTube.

YouTube en est alors encore à ses balbutiements. L’ère est au partage de vidéos home-made, un joyeux fourre-tout où les gens s’emparent de la vidéo pour créer de nouveaux concepts et prendre la parole. D’abord, en réinventant le divertissement, avec des podcasts humoristiques, des montages expérimentaux et autres vidéos face caméras où chacun peut s’exprimer à titre personnel.

Peu à peu, cette prise de parole spontanée de tout un chacun, à la fois en tant que producteur de contenu et en tant que spectateur participant à faire vivre ce contenu (en commentant, partageant une vidéo), va prendre de plus en plus d’ampleur et drastiquement changer notre rapport à la télévision, non seulement en temps que moyen de divertissement, mais aussi en tant que pourvoyeur d’information crédible et légitime.

Vulgarisateurs : journalistes 2.0

Effectivement, désormais, en tant que passionné par un sujet ou adepte d’une activité, on acquiert une certaine légitimité face à une audience, qui se base simplement sur ses connaissances personnelles, et l’envie de partager ce savoir, sans besoin de validation venant d’une autorité désignée (un diplôme, un rôle dans la société…).

Des tutos cuisines aux cours de musiques en lignes, l’émergence d’un nouveau format de vidéos se positionne comme le porte étendard de cette nouvelle génération de journalistes ; la vulgarisation.

Les vulgarisateurs, ce sont ces YouTubeurs passionnés par un sujet qui ont à coeur de le faire découvrir et le revisiter sous un format divertissant, en prenant en compte les anecdotes oubliées, les détails fatals de la grande Histoire qui sauront à coup sûr éveiller la curiosité des internautes. Histoire (Nota Bene), cinéma (Le Fossoyeur de films), curiosités en tous genres (Axolot), nul doute que chacun trouvera de quoi s’étonner.

Alors oui, il ne s’agit pas d’un concept nouveau, on se rappellera des rendez-vous C’est pas Sorcier ou des épisodes d’Il était une fois. Ce que Youtube offre, c’est véritablement l’opportunité à tout un chacun de devenir lui même un pourvoyeur d’information, en tant qu’expert de son domaine. Le bon vieux tube cathodique nous faisait peut-être passer l’information, mais avec un programme pré défini et bien rôdé, sous un seul et même angle.

Succès du divertissement indépendant

Au delà donc de simple vulgarisation Youtube, peut alors rapidement devenir un outils politique, avec des vidéos qui donnent la parole aux citoyens. Et nous voilà déjà dix plus tard, novembre 2015, alors que des hordes de jeunes se précipitent aux stands du salon Video City à la rencontre de leur vidéastes favoris, succès qui surprend la presse.

Cette nouvelle légitimité de Youtube en tant que media, ne s’arrête pas seulement à l’accès à l’information, mais a aussi permis le renouvellement du divertissement et donner ses lettres de noblesses à des initiatives artistiques personnelles. La création du film Les Dissociés, premier long métrage entièrement auto produit et mis en ligne gratuitement sur Youtube va aussi permettre un nouveau rapport au cinéma tel qu’on le défini.

En proposant un contenu véritablement professionnel, qualitatif et gratuit, le  film va rencontrer un vif succès, tout en proposant une idée entièrement originale et qui a pu voir le jour grâce à un business model alternatif de placement de produits dans le film. Coup du sort pour la télévision, face à cet engouement, la chaîne W9 décide de diffuser Les Dissociés quelques mois après sa sortie en ligne, rassemblant 364 000 téléspectateurs.

Vers un contrôle de la prise de parole ?

Aujourd’hui, les millenials ne regardent presque plus la télévision au profit de YouTube. Le panel de chaînes de Youtubers et des contenus s’est considérablement élargi pour parler à tous. Tout le monde s’exprime et participe au développement de ce media participatif, repoussant les limites de la liberté d’expression.

Mais une telle ambition n’est pas sans conséquences ; l’an dernier, le Youtuber Logan Paul, plusieurs millions d’abonnés, se filmait au cœur d’une forêt nippone, connue pour être le lieu où des japonais viennent mettre fin à leur jours. Loin de s’en cacher, le vidéaste en joue, se moquant presque des cadavres sur son passage. La communauté de Logan Paul boycotte alors sa chaîne, la presse accuse YouTube, aucune sanction n’est prononcée. Au delà du bad buzz, YouTube reste avant tout un géant corporate, qui peut être un formidable outil dès lors que l’on reste responsable du contenu que l’on consomme.


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